jeudi 27 octobre 2011

Orbitopathie endocrinienne d’origine thyroïdienne


I. Loeb, S. Medin Rey
Service de Stomatologie et Chirurgie maxillo-faciale (Prof. J. Van Reck), CHU Saint-Pierre, Bruxelles, Belgique.
CAS CLINIQUE
Un patient âgé de 49 ans est admis en urgence pour dyspnée
majeure. ہ lexamen clinique on observe une
exophtalmie bilatérale importante entravant locclusion
palpébrale (figs. 1 et 2). Dans les antécédents on note :
une cardiomyopathie ischémique, une BPCO tabagique,
une hernie hiatale, une kératite herpétique avec ulcère
cornéen, et une hyperthyroïdie diagnostiquée 5 mois plus
tôt et traitée par Strumazol®, 10 mg, 4x/jour.
La biologie à ladmission fait apparaître une hypothyroïdie
sévère (TSH : 67 ìU/ml).
Le scanner montre une hypertrophie de lensemble des
muscles oculo-moteurs avec infiltration de la graisse
orbitaire (figs. 3 et 4). Malgré linstauration dun traitement
visant à corriger lhypothyroïdie, le patient développe
un oedème papillaire en aggravation rapide avec
perte de lacuité visuelle ainsi quune augmentation de
lexophtalmie.
Quel est votre traitement ?
 
Figure 1 : Aspect clinique de la face.


Figure 2 : Aspect clinique de profil.

Figure 3 : Scanner en coupe coronale montrant lhypertrophie majeure
des muscles droit inférieur, droit interne et droit supérieur, ainsi quune
légère hypertrophie de la graisse orbitaire.

 
Figure 4 : Scanner en coupe axiale.
I. Loeb, S. Medin Rey Rev. Stomatol. Chir. Maxillofac.
118
REPONSE
Ce patient présente une orbitopathie endocrinienne dorigine
thyroïdienne.
Ces orbitopathies sont associées à un dysfonctionnement
hormonal et à des perturbations auto-immunitaires
thyroïdiennes. Elles accompagnent habituellement une
hyperthyroïdie mais se rencontrent également en cas
dhypo- voir même deuthyroïdie [1, 2].
La survenue éventuelle dune hypothyroïdie peut être
un facteur aggravant majeur de lorbitopathie, illustrée
dans le cas clinique. Lorbitopathie évolue au cours du
temps selon un mode « exacerbation/rémission » qui ne
semble pas influencé par le traitement médicamenteux de
latteinte thyroïdienne.
Classiquement, le traitement de lorbitopathie endocrinienne
comporte un volet médical et un volet chirurgical
[3, 4]. Le volet radiothérapique est quant à lui très controversé
dans de récentes études [5]. Le traitement médical
consiste en ladministration par voie systémique de corticoïdes
pendant une durée de 30 à 60 jours, qui apporte le
plus souvent une amélioration significative des symptômes.
Lexamen ophtalmologique détermine quant à lui
lurgence éventuelle dun acte chirurgical ; compression
du nerf optique au cours dune phase inflammatoire
aiguë, ulcération cornéenne secondaire à lexophtalmie
[6]. Le plus habituellement le traitement chirurgical intervient
au cours de la période stable de lorbitopathie et vise
à corriger les complications cicatricielles fibreuses. Une
première étape consiste en une décompression orbitaire
osseuse qui corrige lexophtalmie, l’étape suivante permet
la correction de la mobilité oculaire [7]. Vu la gravité de la
symptomatologie clinique de notre patient, un traitement
à base de corticoïdes par voie systémique à la dose de
1 gr/jour a été instauré mais sans aucune amélioration
significative. Devant la persistance de loedème papillaire
et la diminution progressive de lacuité visuelle, un traitement
chirurgical a été programmé. Une décompression
orbitaire osseuse bilatérale par voie cutanée avec effondrement
du plancher orbitaire ainsi que du mur latérointerne,
associée à une lipectomie a été réalisée. Une
amélioration rapide et très satisfaisante des symptômes a
été observée dans les jours suivants. Le patient a bénéficié
en outre dune rééquilibration de son traitement thyroïdien.
Habituellement, à long terme, la tendance se fait
vers une réduction et une stabilisation des manifestations
cliniques orbitaires [1].
RةFةRENCES
1. Adenis JP, Lasudry J. Orbitopathie dysthyroïdienne. In: Pathologie
orbito-palpébrale. Masson, Paris;1998:455-80.
2. Bartley GB, Fatourechi V, Kadrmas EF, et al. Long term follow up
of Gravesophtalmopathy in an incidence cohort. Ophtalmology,
1996;103:952-62.
3. Krastinova D. Rodallec A. Orbitopathie Basedowienne. Ann Chir
Plast Esth, 1985;30:351-8.
4. Rougier J, Tessier P, Hervouet F, et al. Lexpansion de la cavité
orbitaire. In: Chirurgie plastique orbito-palpébrale. Masson,
Paris ; 1977 :179-89.
5. Gorman CA. Radiotherapy for Graves orbitopathy: results at one
year. Thyroid, 2002;12:251-5.
6. Kazim M, Trokel S, Moore S. Treatment of acute Graves orbitopathy.
Ophtalmology, 1991;98:1443-8.
7. Trokel S, Kazim M, Moore S. Orbital fat removal. Decompression
for Graves orbitopathy. Ophtalmology, 1993;100:674-82.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire